Par défaut, les professionnels libéraux relevant des Bénéfices Non Commerciaux (BNC) sont soumis à une comptabilité de trésorerie. Cela signifie qu’ils ne déclarent que ce qui est réellement encaissé et décaissé au cours de l’année civile. C’est simple, intuitif, et calé sur les relevés bancaires. Cependant, le Code Général des Impôts offre une alternative méconnue mais stratégique : l’option pour la tenue d’une comptabilité créances/dettes (aussi appelée comptabilité d’engagement). Ce choix fiscal modifie radicalement la façon de calculer le résultat imposable. Il ne s’agit plus de regarder le compte en banque, mais de regarder les factures émises et reçues, qu’elles soient payées ou non. Pourquoi choisir cette complexité apparente ? Dans quels cas cette option devient-elle un levier d’optimisation fiscale ?
Les infos à retenir
- 📅 Le principe : En comptabilité créances/dettes, on prend en compte les recettes dès qu’elles sont acquises (facturées) et les dépenses dès qu’elles sont engagées (commandées/facturées), même si l’argent n’a pas bougé.
- ⚖️ L’intérêt fiscal : Cette option permet de déduire des charges importantes en fin d’année (travaux, matériel) même si vous ne les payez que l’année suivante, réduisant ainsi l’impôt immédiat.
- 📝 La formalité : L’option se formule directement sur la déclaration 2035. Elle est valable pour l’année en cours et tacitement reconductible.
- 🚫 Le risque : Si vous facturez beaucoup en décembre sans être payé, vous serez imposé sur de l’argent que vous n’avez pas encore. C’est dangereux pour la trésorerie.
Comprendre la mécanique : Trésorerie vs Engagement
Pour saisir l’impact de cette option, il faut opposer deux visions de la gestion. La comptabilité de trésorerie (le régime de droit commun des BNC) est une comptabilité de « caisse ». Si vous faites un chèque le 30 décembre mais qu’il est débité le 3 janvier, la charge compte pour l’année suivante. C’est simple mais parfois déconnecté de l’activité économique réelle.
Le basculement vers l’engagement commercial
Avec l’option créances/dettes, vous basculez dans la logique des sociétés commerciales (BIC/IS). Ce qui compte, c’est la date de la créance ou de la dette. Si vous terminez une mission le 28 décembre et envoyez la facture, ce revenu est imposable sur l’année qui s’achève, même si le client vous paie en mars. À l’inverse, si vous recevez une facture de votre fournisseur en décembre, vous pouvez la déduire immédiatement de votre résultat fiscal, même si vous avez négocié un délai de paiement à 90 jours.
Pourquoi exercer cette option ? Les cas stratégiques
Choisir de se compliquer la vie administrative n’a de sens que s’il y a un gain fiscal ou économique à la clé. Cette option est souvent conseillée par les experts-comptables dans des situations de décalage de trésorerie ou d’investissement.
Anticiper des charges lourdes
Imaginez que vous prévoyez de gros travaux de rénovation de votre cabinet dentaire ou d’avocat en fin d’année. Avec la comptabilité de trésorerie, pour réduire votre impôt de l’année N, vous devez impérativement payer l’entrepreneur avant le 31 décembre. Avec l’option créances/dettes, il suffit que les travaux soient réalisés et facturés avant le 31 décembre. Vous pouvez déduire la charge tout en préservant votre trésorerie quelques mois de plus grâce aux délais de paiement.
Lisser un résultat atypique
Parfois, l’activité économique ne suit pas l’année civile. Si vous avez eu une année exceptionnelle en termes de travail mais que les encaissements sont très en retard, la comptabilité de trésorerie va artificiellement minorer votre résultat N (et faire exploser N+1 quand tout sera payé). L’option créances/dettes permet de rattacher les revenus à l’année où ils ont été générés, offrant une image plus fidèle de la performance économique de votre cabinet.

Les contraintes et le retour en arrière
Cette liberté a un prix : la rigueur. Tenir une comptabilité d’engagement demande un suivi rigoureux des factures non réglées (le « lettrage » des comptes). Vous ne pouvez plus vous contenter d’importer votre relevé bancaire dans votre logiciel. Il faut saisir chaque pièce comptable à sa date d’émission.
De plus, l’option peut se retourner contre vous. Si vos clients sont de mauvais payeurs, vous risquez de payer de l’impôt et des charges sociales (URSSAF/CARMF/CARPIMKO) sur de l’argent virtuel que vous ne toucherez peut-être jamais (si le client fait faillite). Dans ce cas, il faudra passer une provision pour créance douteuse, ce qui complexifie encore la gestion.
L’avis de l’expert : Expert-Comptable pour professions libérales
« L’option créances/dettes est un outil puissant mais à double tranchant. Je ne la conseille quasiment jamais aux jeunes installés qui ont besoin de simplicité. En revanche, pour une structure mature qui a des décalages de paiement structurels ou qui investit, c’est un levier d’optimisation du résultat fiscal très efficace. Attention, une fois l’option prise, revenir en arrière demande des retraitement comptables pénibles pour ne pas compter deux fois les mêmes opérations. »
Faut-il sauter le pas pour votre activité ?
En résumé, restez à la comptabilité de trésorerie si vous voulez la paix administrative et que vos flux sont réguliers. Envisagez l’option créances/dettes uniquement si vous avez un besoin ponctuel de piloter votre résultat fiscal en jouant sur la date d’engagement des charges plutôt que sur la date de décaissement, et si vous êtes accompagné par un professionnel du chiffre.
Foire Aux Questions (FAQ)
📄 Comment exercer l’option concrètement ?
Il n’y a pas de courrier à envoyer au service des impôts. L’option s’exerce simplement en cochant la case correspondante sur votre déclaration 2035 lors de son dépôt. Elle est valable pour l’année concernée et les suivantes tant que vous ne la dénoncez pas.
🔄 Peut-on changer d’avis chaque année ?
Théoriquement, vous pouvez révoquer l’option. Cependant, les changements de méthode comptable sont sources d’erreurs et attirent l’attention de l’administration fiscale. Il est préférable de choisir un mode de gestion et de s’y tenir sur le moyen terme.
🏢 Est-ce obligatoire pour les SCM ?
Non, les Sociétés Civiles de Moyens (SCM) relèvent aussi du régime BNC et peuvent rester en comptabilité de trésorerie. C’est même recommandé pour simplifier la répartition des charges entre associés.









