Le registre des sociétés européennes évoqué dans ce courrier n’existe ni en droit français ni en droit européen : il s’agit d’une société commerciale privée, souvent domiciliée en Estonie, aux Pays-Bas ou en Slovaquie, qui propose une inscription payante (89 à 990€ selon les offres) dans un simple annuaire sans aucune valeur juridique. Ce courrier échappe à la qualification stricte d’arnaque grâce à une mention légale précisant son caractère facultatif, généralement imprimée en tout petits caractères, en gris clair, parfois à l’envers au dos du document, une pratique commerciale trompeuse plutôt qu’une escroquerie caractérisée.
Votre seule obligation réelle d’immatriculation passe par le guichet unique de l’INPI et le Registre National des Entreprises, entièrement gratuits. Si vous avez déjà réglé la somme demandée, vous pouvez contester le paiement auprès de votre banque et signaler la pratique sur la plateforme SignalConso de la DGCCRF.
Ce qu’il faut retenir
- 🚫 Une arnaque commerciale bien rodée : ce n’est en aucun cas un organisme public officiel, mais une proposition d’insertion payante dans un annuaire privé sans valeur.
- 🗑️ Ne payez absolument rien et jetez le courrier : vous n’avez aucune obligation légale de répondre à cette sollicitation commerciale trompeuse.
- 🔍 Le piège des petits caractères en bas de page : signer le formulaire vous engage dans un abonnement reconductible sur plusieurs années.
- 🛑 La conduite à tenir si vous avez déjà signé : envoyer une contestation pour vice du consentement (pratique commerciale trompeuse) et refuser de payer les menaces de recouvrement.
Qu’est-ce que ce courrier du Registre des Sociétés Européennes et comment opère la fraude ?
Cette technique d’escroquerie bien connue de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes) porte le nom de « fraude à l’annuaire professionnel ».
La mise en garde de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI)
« Dès qu’une entreprise est immatriculée, ses données légales (nom du gérant, adresse, SIRET) sont publiées en open data sur le registre national des entreprises. Des sociétés privées souvent basées à l’étranger (Espagne, Pays-Bas, Allemagne) récupèrent ces listes pour envoyer des courriers ressemblant à s’y méprendre à des avis d’imposition administratifs. Ces documents n’ont aucune valeur légale et ne visent qu’à soutirer des fonds aux créateurs d’entreprise en profitant du stress du démarrage. »
Le document utilise une mise en page austère, des termes juridiques intimidants (« publication obligatoire », « décret de conformité », « mise à jour réglementaire ») et un délai de réponse de 8 jours pour pousser le dirigeant à payer dans la précipitation.
Quels indices visuels permettent de démasquer immédiatement le faux registre officiel ?
Une lecture attentive des mentions figurant sur le courrier permet de repérer immédiatement la supercherie commerciale.
Le tableau ci-dessous met en contraste les caractéristiques d’un organisme officiel et les artifices du document frauduleux :
| Élément sur le courrier | Organisme officiel réel (INPI, Greffe, URSSAF) | Faux courrier Registre des Sociétés Européennes |
|---|---|---|
| En-tête et logos utilisés | Marianne officielle de la République française, logo INPI ou ministère de l’Économie. | Drapeau européen sans mention gouvernementale, logo stylisé de couronne ou de globe. |
| Nature juridique du document | 🥇 Titre officiel légal (extrait Kbis, notification d’affiliation, attestation de dépôt). | ⚠️ Offre commerciale facultative (mentionné en micro-caractères tout en bas de page). |
| Coordonnées bancaires (IBAN) | Compte du Trésor Public (Banque de France) ou établissement financier français. | IBAN étranger (commençant souvent par ES pour Espagne, DE pour Allemagne ou LT pour Lituanie). |
| Obligation de paiement | Frais de greffe réglés en amont lors de la formalité sur le site du guichet unique. | Facture injustifiée entre 400 € et 950 € par an avec reconduction tacite sur 2 ou 3 ans. |
Si vous n’avez pas encore répondu à ce courrier, le bon réflexe est simple et sans appel : déchirez la lettre et jetez-la directement au recyclage sans donner suite.

Que faire si vous avez renvoyé le formulaire signé ou payé par virement ?
Si par inadvertance vous avez signé le formulaire ou effectué le paiement demandé, une réaction juridique rapide permet de neutraliser le piège contractuel.
- Faites opposition bancaire immédiate : si vous avez envoyé un chèque ou un ordre de virement récent, contactez immédiatement votre banque pour faire opposition sur le motif d’escroquerie / fraude avérée.
- Envoyez une lettre recommandée de contestation : adressez un courrier recommandé avec accusé de réception (LRAR) au siège de la société émettrice en invoquant la nullité du contrat pour dol et pratique commerciale trompeuse (Article 1137 du Code civil et Article L121-2 du Code de la consommation) en exigeant l’annulation immédiate de l’inscription et la restitution des sommes perçues.
- Ne cédez jamais aux courriers de relance et menaces d’huissiers : les sociétés de recouvrement mandatées utilisent un ton comminatoire pour faire peur, mais elles n’ont aucun titre exécutoire et n’engagent jamais de poursuites judiciaires réelles devant un tribunal car leur escroquerie serait immédiatement sanctionnée par le juge.
- Signalez l’arnaque sur les plateformes officielles : déposez un signalement sur le site gouvernemental SignalConso et auprès de la DGCCRF.
La règle d’or face aux relances est de cesser tout échange téléphonique et de ne verser aucun euro supplémentaire.
Quels sont les seuls organismes légitimes habilités à vous facturer des formalités ?
Pour ne plus jamais douter lors de la réception de courriers professionnels, gardez en mémoire les seuls acteurs légaux de la vie des entreprises.
Les seules structures habilitées à vous demander des règlements administratifs en France sont : le Greffe du Tribunal de Commerce (pour la délivrance de votre Kbis ou le dépôt des comptes annuels), l’INPI (pour le dépôt de marque et le guichet unique des formalités d’entreprises), la Direction Générale des Finances Publiques – DGFiP (pour la CFE – Cotisation Foncière des Entreprises et la TVA) et l’URSSAF (pour vos cotisations sociales obligatoires). Tout autre courrier demandant une contribution financière pour figurer dans un registre, un index ou un annuaire professionnel est facultatif et purement commercial.
Foire Aux Questions (FAQ)
⚖️ Une société d’annuaire frauduleux peut-elle saisir mes comptes bancaires ?
Non, c’est juridiquement impossible ! Pour procéder à une saisie sur compte bancaire ou faire intervenir un commissaire de justice (huissier), une entreprise doit obligatoirement détenir une décision de justice exécutoire (injonction de payer rendue par un juge). Ces sociétés émettrices de faux registres ne saisissent jamais la justice car leurs formulaires trompeurs sont systématiquement jugés nuls pour manœuvre frauduleuse.
📬 Pourquoi reçoivent-ils mon adresse postale si vite après la création de ma société ?
La loi française sur la transparence de la vie économique impose la mise à disposition publique des données légales d’immatriculation (Open Data via l’INPI et l’INSEE). Des robots informatiques scannent quotidiennement ces registres publics pour récupérer les coordonnées des nouveaux créateurs d’entreprise et générer automatiquement des envois postaux massifs.
🔒 Comment bloquer la diffusion de mes données personnelles lors de la création d’entreprise ?
Lors de votre immatriculation sur le guichet unique de l’INPI (ou auprès de l’INSEE pour les micro-entrepreneurs), vous pouvez cocher la case d’opposition demandant à ce que vos données d’identification ne soient pas transmises à des fins de prospection commerciale (statut non-diffusible à l’INSEE), ce qui limite considérablement la réception de ces courriers indésirables.









