Si vous êtes résident fiscal en France, vous devez dans la quasi-totalité des cas déclarer un héritage reçu de l’étranger, même si vous ne devez finalement aucun impôt dessus : c’est une obligation de transparence distincte de l’obligation de paiement. Le paiement de droits de succession en France dépend en revanche de critères précis fixés par l’article 750 ter du Code général des impôts : résidence fiscale du défunt en France, biens situés en France, ou résidence de l’héritier en France pendant au moins 6 des 10 dernières années. La déclaration doit être déposée dans les 6 mois si le décès a eu lieu en France, 12 mois s’il a eu lieu à l’étranger, et une convention fiscale bilatérale entre la France et le pays concerné permet généralement d’éviter d’être imposé deux fois sur les mêmes sommes.
Ce qu’il faut retenir
- 🏛️ L’obligation de déclaration universelle : tout résident fiscal français recevant un héritage étranger doit obligatoirement le déclarer au fisc.
- ⚖️ L’article 750 ter du CGI : si vous résidez en France depuis au moins 6 ans sur les 10 dernières années, l’ensemble des biens mondiaux est taxable.
- 🌐 Les conventions fiscales bilatérales : elles permettent d’éliminer la double imposition grâce à un crédit d’impôt imputable en France.
- ⏱️ Un délai légal de 12 mois : la déclaration de succession internationale doit être déposée dans l’année suivant le décès.
Pourquoi le fisc français s’intéresse-t-il aux successions ouvertes à l’étranger ?
Pour déterminer l’assujettissement à l’impôt en France, l’administration fiscale ne regarde pas uniquement le lieu où se situent les comptes bancaires ou les maisons reçues en héritage. Elle applique des critères de rattachement territorial extrêmement larges.
Selon l’article 750 ter du Code général des impôts (CGI), trois situations déclenchent la fiscalité française :
- Le défunt était domicilié fiscalement en France : la totalité des biens qu’il transmet (situés en France comme à l’étranger) est imposable en France.
- Le défunt vivait à l’étranger, mais le bien est en France : seuls les biens physiques ou titres financiers situés sur le sol français sont taxés.
- L’héritier réside fiscalement en France : si l’héritier a été résident en France pendant au moins 6 ans au cours des 10 années précédant le décès, l’intégralité des biens reçus dans le monde entier est soumise aux droits de succession français.
Par conséquent, même si le défunt n’a jamais mis les pieds en France et que les liquidités proviennent d’une banque étrangère, le simple fait que vous viviez en France vous oblige à déclarer ces avoirs.

Comment fonctionne l’élimination de la double imposition fiscale ?
Payer des impôts sur la même somme dans le pays où se trouve le bien et en France est une angoisse légitime pour les héritiers. Pour parer à cette injustice, des mécanismes correctifs existent.
Le tableau ci-dessous récapitule les deux scénarios juridiques d’imposition selon la présence ou non d’un traité international :
| Cadre juridique fiscal international | Traitement de la succession étrangère | Conséquence sur le montant final à payer |
|---|---|---|
| Convention fiscale bilatérale existante | Application des règles du traité (Ex: France-Suisse, France-USA, France-Italie). | Attribution exclusive du droit d’imposer à l’un des États ou crédit d’impôt intégral. |
| Absence de convention (Droit commun Art. 784 A) | Application du crédit d’impôt unilatéral prévu par la loi française. | Les impôts réglés à l’étranger sont déduits de l’impôt français dû (Seul le différentiel est payé). |
Grâce au mécanisme de l’article 784 A du CGI, vous ne paierez jamais deux fois le montant total. Si les droits payés à l’étranger sont inférieurs aux droits français, vous ne versez au fisc français que la différence restante.
L’avis d’un notaire spécialiste en droit international
« Ne tentez jamais de rapatrier des fonds successoraux étrangers sur votre compte bancaire français sans déclaration préalable ! Les banques ont l’obligation légale de signaler tout virement international important à Tracfin. Si les fonds arrivent sans déclaration fiscale enregistrée, vous risquez un redressement fiscal assorti d’une pénalité de 40 % pour manquement délibéré. »
Quels formulaires fiscaux remplir et quel est le délai légal de dépôt ?
La déclaration d’une succession internationale ne s’effectue pas sur votre déclaration de revenus classique du printemps, mais via une procédure dédiée.
Vous devez remplir et déposer la déclaration de succession officielle (Formulaire Cerfa n° 2705 et 2705-S) accompagnée de l’imprimé n° 2740 (déclaration pour les biens situés hors de France). Le dossier doit être transmis au Service des Impôts des Particuliers (Pôle enregistrement) du domicile de l’héritier en France ou à la Direction des Résidents à l’Étranger et des Services Fiscaux (DINR). Contrairement aux successions françaises dont le délai de déclaration est de 6 mois, la loi vous accorde un délai de 12 mois à compter de la date du décès pour déposer la déclaration et acquitter les droits dus lors d’un décès survenu hors de France métropolitaine.

Comment déclarer et gérer un bien immobilier hérité situé à l’étranger ?
Lorsque la succession comporte un appartement, une maison de famille ou un terrain situé hors du territoire français, des démarches spécifiques s’ajoutent à la déclaration successorale initiale.
Le bien immobilier doit faire l’objet d’une estimation à sa valeur vénale réelle au jour du décès par une agence immobilière ou un expert foncier local, valeur qui sera convertie en euros selon le cours officiel de la Banque de France à la date de la disparition. Cette valeur servira d’assiette pour le calcul des droits en France. De plus, si vous conservez ce bien immobilier et décidez de le mettre en location, les loyers perçus à l’étranger devront être déclarés chaque année sur votre déclaration de revenus française n° 2047 et n° 2042 pour le calcul de votre impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux.
Comment rapatrier légalement les liquidités sur un compte bancaire français ?
Le virement des fonds bancaires issus de la succession étrangère vers la France réclame de la rigueur documentaire.
Avant d’ordonner le virement international, demandez à l’officier ministériel ou à la banque étrangère un acte de notoriété traduit par un traducteur assermenté ou le certificat successoral européen (CSE), ainsi que l’attestation de clôture de compte. Prévenez le service conformité de votre banque française en leur fournissant la copie de ces documents et le récépissé de dépôt de votre déclaration de succession. Cette démarche fluide permet de lever tout blocage anti-blanchiment et de justifier l’origine licite des capitaux reçus.
Foire Aux Questions (FAQ)
💶 Les abattements familiaux s’appliquent-ils sur un héritage étranger ?
Oui. Vous bénéficiez des mêmes abattements fiscaux légaux qu’en droit français interne : un abattement de 100 000 € par enfant pour une succession en ligne directe (parent-enfant), un abattement de 15 932 € entre frères et sœurs, ou encore l’exonération totale d’impôt de succession pour le conjoint survivant ou partenaire de PACS.
⏱️ Faut-il déclarer un compte bancaire étranger hérité avant sa clôture ?
Absolument. Si vous devenez titulaire d’un compte bancaire situé à l’étranger par succession, même pour quelques mois, vous devez cocher la case dédiée sur votre déclaration de revenus n° 2042 et joindre le formulaire Cerfa n° 3916 de déclaration de compte étranger sous peine d’une amende forfaitaire de 1 500 € par compte non déclaré.
📌 Le notaire français est-il obligatoire pour une succession 100 % étrangère ?
Le recours à un notaire en France n’est pas obligatoire s’il n’y a aucun bien immobilier situé sur le territoire français. Vous pouvez rédiger et déposer votre déclaration de succession n° 2705 directement auprès du centre des impôts compétent par vous-même. Néanmoins, l’aide d’un notaire reste vivement conseillée pour calculer les crédits d’impôt conventionnels.









