La scène est déstabilisante : vous vous apprêtez à partir au travail, ou vous arrivez sur le parking, et votre employeur vous ordonne de rentrer chez vous. « Ne viens pas aujourd’hui », « Reste à la maison en attendant qu’on t’appelle ». Aucune lettre, aucun motif clair. Si cette situation peut sembler confortable au premier abord (des congés forcés ?), elle est juridiquement très risquée. Que cache cette demande ? Votre salaire sera-t-il maintenu ? Mon employeur me dit de rester chez moi : voici comment réagir pour ne pas être piégé pour abandon de poste.
Les infos à retenir
- 💰 Règle d’or : Le salaire est dû. Si l’employeur ne vous fournit pas de travail alors que vous êtes à sa disposition, il doit vous payer 100% de votre salaire habituel. C’est une « dispense d’activité rémunérée ».
- 📝 Exigez un écrit : C’est vital. Si vous restez chez vous sur un simple ordre oral, l’employeur peut ensuite vous licencier pour abandon de poste en prétendant qu’il vous attendait.
- 🛑 La mise à pied conservatoire : Si cet ordre est lié à une faute grave supposée, il doit être formalisé par courrier ou remise en main propre immédiate, suspendant le contrat (et le salaire) jusqu’à l’entretien préalable.
- 🏠 Télétravail ou repos ? Clarifiez si vous devez travailler de chez vous ou si vous êtes en repos forcé.
Le piège de l’ordre oral : protégez-vous immédiatement
C’est le danger numéro un. Votre manager vous dit oralement de ne pas venir car « c’est calme » ou « il y a un souci technique ». Vous obéissez. Trois jours plus tard, vous recevez une lettre recommandée pour absence injustifiée. Pour éviter ce piège machiavélique, vous devez impérativement tracer cet ordre.
Envoyez immédiatement un email ou un SMS à votre responsable : « Suite à notre conversation de ce matin et à ta demande de rester chez moi aujourd’hui, je te confirme que je reste à mon domicile à ta disposition. Merci de me confirmer par retour de mail que mon absence est bien autorisée et rémunérée. »
Sans confirmation écrite, présentez-vous au travail.
La « Dispense d’activité » rémunérée
L’employeur a le droit de vous demander de rester chez vous (sauf si vous êtes un salarié protégé ou si le travail est essentiel à votre qualification, comme un pilote de ligne qui doit voler pour garder sa licence), mais il a l’obligation de maintenir votre rémunération. C’est son « pouvoir de direction ». Il peut décider de vous payer à ne rien faire. Cela arrive souvent pendant les périodes de préavis de démission ou de licenciement : l’employeur préfère que vous ne veniez plus, mais il vous paie jusqu’au dernier jour.

Ne confondez pas avec le chômage technique ou la mise à pied
Si l’entreprise a un sinistre (incendie, coupure informatique géante), l’employeur peut vous mettre en chômage partiel (activité partielle). Dans ce cas, vous ne touchez pas 100% du salaire, mais une indemnité (souvent 84% du net), et cela doit faire l’objet d’une déclaration administrative.
Si l’ordre de rentrer chez vous fait suite à une altercation ou une faute, c’est probablement une mise à pied conservatoire. L’employeur doit vous remettre un document écrit le jour même vous convoquant à un entretien préalable au licenciement. Dans ce cas précis, le salaire est suspendu dans l’attente de la décision finale.
L’avis de l’inspecteur du travail
« L’employeur a l’obligation de fournir du travail. S’il ne le fait pas, c’est son problème, pas le vôtre, tant que vous êtes prêt à travailler. Mais attention aux RTT imposées. Un employeur peut, sous certains délais (souvent 48h ou plus selon accord), vous imposer de poser vos jours de repos pour couvrir cette absence. Vérifiez votre compteur de congés. »
Pas d’écrit, pas de départ
Si votre employeur vous dit de rester chez vous, c’est légal à condition qu’il continue de vous payer. Mais ne quittez jamais votre poste sans une trace écrite (mail, SMS, courrier). C’est votre seule assurance-vie contre un licenciement pour faute.
Foire Aux Questions (FAQ)
🚗 Puis-je partir en vacances si je dois rester chez moi ?
Non. Si vous êtes en « dispense d’activité rémunérée », vous restez sous la subordination de l’employeur. Vous devez être joignable et capable de revenir travailler si l’ordre change. Si vous partez à l’autre bout du monde, vous commettez une faute.
📉 Mon salaire sera-t-il amputé des primes ?
Normalement non. Le maintien de salaire inclut le salaire de base et les avantages habituels (primes fixes). En revanche, les indemnités liées à la présence réelle (panier repas, indemnité kilométrique) ne sont pas dues puisque vous ne venez pas.
💻 Est-ce du télétravail forcé ?
Si l’employeur vous demande de rester chez vous ET de travailler (répondre aux mails, dossiers), c’est du télétravail. Il doit vous fournir les moyens techniques (ordinateur, accès). Si vous n’avez pas d’outil, vous ne pouvez pas travailler, mais devez être payé quand même. En cas de cessation d’activité, il est important de restituer votre matériel professionnel.









