Le terme « rétrocession » recouvre en réalité trois situations bien différentes. Entre professionnels libéraux qui partagent des honoraires (remplacement, collaboration), la rétrocession est un mécanisme reconnu, hors champ de la TVA, avec la mention obligatoire « TVA non applicable, art. 261 du CGI ». Entre entités liées qui mutualisent leurs achats, comme des pharmaciens qui se regroupent pour négocier de meilleures conditions, la rétrocession existe aussi comptablement, mais s’enregistre au compte 7088 avec TVA.
En revanche, si vous vendez simplement de la marchandise à une société indépendante sans lien particulier, même sans marge, il ne s’agit pas d’une rétrocession au sens comptable : c’est une vente classique, soumise à la TVA normale et enregistrée en compte 707, quel que soit le nom que vous donnez à la facture.
Ce qu’il faut retenir
- 💶 Une refacturation stricte à prix coûtant : la marchandise est cédée sans aucune marge commerciale ni bénéfice direct pour l’émetteur.
- 📑 Une facture classique avec mentions obligatoires : le document doit comporter la TVA légale et la mention claire « Rétrocession de marchandises à prix coûtant ».
- 📊 Un impact neutre sur le résultat net : l’écriture en compte 609 ou 708 permet de neutraliser la dépense initiale sans fausser le volume d’activité.
- ⚖️ L’interdiction de la revente à perte : le prix de rétrocession ne peut pas être inférieur au prix d’achat effectif facturé par le fournisseur initial.
Qu’est-ce qu’une rétrocession de marchandises et dans quelles situations l’utiliser ?
La rétrocession de marchandises désigne la cession d’un bien matériel acheté auprès d’un fournisseur tiers à une autre entité juridique, sans appliquer de marge bénéficiaire.
Cette pratique répond à trois besoins opérationnels fréquents dans les réseaux professionnels :
- Le groupement d’achats entre entreprises partenaires : plusieurs artisans ou PME se regroupent pour commander de gros volumes chez un fabricant afin d’obtenir des tarifs dégressifs. L’une des entreprises passe la commande globale et rétrocède ensuite les quantités exactes aux autres membres du groupement.
- La gestion des stocks au sein d’un groupe de sociétés : une société mère achète les consommables ou matières premières pour l’ensemble de ses filiales et leur refacture leur quote-part exacte selon leurs besoins réels.
- Le dépannage d’urgence entre confrères : un commerçant en rupture de stock rachète quelques cartons de produits à un confrère voisin pour satisfaire ses clients en attendant sa propre livraison.
Cette opération permet d’optimiser les coûts logistiques sans créer de distorsion commerciale entre les partenaires.

Comment comptabiliser une facture de rétrocession de marchandises et gérer la TVA applicable ?
Sur le plan fiscal et comptable, la rétrocession n’est pas une vente classique : elle doit être traitée avec rigueur pour ne pas fausser les soldes intermédiaires de gestion.
Le tableau ci-dessous synthétise le traitement comptable et fiscal de la rétrocession de marchandises :
| Aspect de la rétrocession | Règles fiscales et comptables applicables | Schéma d’écriture et points de vigilance |
|---|---|---|
| Régime de TVA collectée et déductible | La rétrocession est soumise à la TVA au taux normal du produit cédé (20 %, 10 % ou 5,5 %). | L’émetteur collecte la TVA sur la facture de rétrocession et le bénéficiaire la déduit selon le droit commun. |
| Écritures chez l’entreprise émettrice (Cédant) | Utilisation du compte 609 (Rabais, remises et ristournes obtenus / Rétrocessions) ou compte 708 (Produits des activités annexes). | Crédit du compte 609/708 et TVA collectée (44571) par le débit du compte client (411). Neutralise la charge du compte 607. |
| Écritures chez l’entreprise réceptrice (Acquéreur) | Enregistrement d’un achat de marchandises standard. | Débit du compte 607 (Achats de marchandises) et TVA déductible (44566) par le crédit du compte fournisseur (401). |
| Justification du prix de cession | Le prix unitaire doit correspondre rigoureusement au prix d’achat net initial (remises déduites + quote-part de frais de port réels). | Joindre impérativement une copie de la facture du fournisseur initial en pièce justificative comptable. |
Enregistrer la rétrocession au crédit du compte d’achat initial permet de faire apparaître une marge commerciale nulle, reflétant la stricte réalité économique de l’opération.
L’avis d’un commissaire aux comptes
« Beaucoup d’entreprises enregistrent par erreur leurs rétrocessions dans le compte 707 (Ventes de marchandises classique). Cela a pour effet de gonfler artificiellement leur chiffre d’affaires et de fausser le taux de marge brute. Pour une parfaite transparence lors d’un audit ou d’un contrôle fiscal, passez par le compte 7088 ou créditez directement le compte 607 : l’opération doit avoir un impact strictement neutre sur le compte de résultat. »
Quelles sont les mentions légales obligatoires à inscrire sur la facture ?
Une facture de rétrocession reste une pièce comptable officielle qui doit respecter toutes les obligations du Code de commerce et du Code général des impôts.
Elle doit comporter les éléments suivants :
- L’identité complète des deux sociétés (dénomination sociale, adresse du siège, numéro SIRET, numéro de TVA intracommunautaire et forme juridique).
- La date d’émission et un numéro de facture séquentiel chronologique issu de votre série de facturation habituelle.
- La désignation précise des marchandises rétrocédées avec les quantités unitaires.
- Le prix unitaire hors taxes correspondant rigoureusement au prix d’achat initial fournisseur.
- La mention explicite en objet ou pied de page : « Rétrocession de marchandises à prix coûtant selon facture fournisseur n° XXX du JJ/MM/AAAA ».
- Le taux et le montant de la TVA ainsi que le montant total TTC à régler avec les modalités de paiement.
L’omission de ces mentions expose l’entreprise aux amendes fiscales standards pour non-conformité de facturation.

Quels sont les risques fiscaux et juridiques liés aux prix de transfert et à la revente à perte ?
Même si l’intention est de rendre service à un confrère ou d’alimenter une filiale, la rétrocession est encadrée par des garde-fous stricts.
L’administration fiscale surveille deux dérives potentielles :
- L’interdiction de la revente à perte (Article L442-5 du Code de commerce) : vous ne pouvez en aucun cas rétrocéder des marchandises à un prix inférieur au prix d’achat effectif (prix unitaire net déduction faite de tous les rabais et remises). Rétrocéder à perte pour soutenir une entreprise amie constitue un délit pénal passible d’une amende de 75 000 euros.
- L’acte anormal de gestion et les prix de transfert entre filiales : si vous rétrocédez des marchandises avec une décote non justifiée à une société sœur, le fisc peut considérer qu’il y a un transfert indirect de bénéfices et redresser la société cédante sur le manque à gagner d’impôt sur les sociétés (IS).
Conserver un dossier d’achat complet avec la copie de la facture d’origine prouve votre bonne foi en cas de vérification de comptabilité.
Comment gérer les frais annexes de transport et de stockage lors d’une rétrocession ?
Lorsque la marchandise a nécessité des frais logistiques (transport par transporteur routier, déchargement, emballage), la question de leur refacturation se pose.
L’entreprise qui a avancé les frais peut parfaitement intégrer une quote-part réelle et justifiable des frais de transport et d’assurance sur la facture de rétrocession. Par exemple, si vous avez payé 200 € de frais de port pour 1 000 pièces et que vous en rétrocédez 500, vous pouvez ajouter 100 € de frais logistiques sur la facture de rétrocession. Ces frais doivent être détaillés sur une ligne distincte ou intégrés dans le coût d’achat unitaire pour que l’opération demeure strictement à prix coûtant sans marge dissimulée.
Foire Aux Questions (FAQ)
📦 Peut-on faire une facture de rétrocession pour des prestations de services ?
Oui, on parle alors de refacturation de frais ou de rétrocession d’honoraires. C’est très courant dans les professions libérales (avocats, experts-comptables, consultants) lorsqu’un cabinet fait appel à un confrère pour sous-traiter une partie d’un dossier client : la rétrocession s’enregistre alors dans les comptes de charges externes 611 ou 622.
📑 Une micro-entreprise (auto-entrepreneur) peut-elle faire une rétrocession de marchandises ?
C’est fortement déconseillé ! En micro-entreprise, les cotisations sociales et l’impôt sont calculés sur le chiffre d’affaires brut encaissé, sans possibilité de déduire le prix d’achat des marchandises. Même si vous revendez à prix coûtant sans faire de marge, vous paierez des cotisations sur le montant total de la rétrocession, ce qui rendra l’opération déficitaire pour vous.
🇪🇺 Comment facturer une rétrocession de marchandises vers une entreprise située dans l’UE ?
Si la rétrocession s’effectue au profit d’une entreprise basée dans un autre pays de l’Union européenne disposant d’un numéro de TVA intracommunautaire valide, la facture est émise hors taxes (HT) en franchise de TVA avec la mention « Exonération de TVA, article 262 ter I du CGI (Livraison intracommunautaire) », accompagnée d’une Déclaration d’Échanges de Biens / état récapitulatif TVA.









